France

1 =/= 1
 
 

Après le PaCS, voici la parité homme-femme. Les homos étaient défavorisés, donnons-leur une loi bien de gauche (?) pour en faire des gens normaux, d'un point de vue fiscal. Les femmes sont défavorisées sur le marché du travail, donnons-leur une loi qui va en faire des individus économiques comme les autres. Mais tout ce petit monde « défavorisé » a-t-il vraiment à gagner à ces réformes ? Rien n'est moins sûr et ceci pour au moins trois raisons.

Tout d'abord, une femme député est aujourd'hui considérée avec respect. Nous savons tous que cela n'est pas courant et que « dans un monde d'hommes », elle a dû jouer des coudes pour y arriver. Mais demain, la même femme ne sera élue que parce qu'il y avait des quotas. On ne la jugera plus sur sa valeur propre mais elle gardera un a priori négatif de non-légitimité. De plus, quel homme aujourd'hui élu acceptera de laisser sa place, non pas parce qu'il a fait des erreurs ou détourné des fonds, mais simplement parce qu'il n'est pas du bon sexe ? Certains pourraient objecter que j'avais le cœur plus accroché lorsque, auparavant, c'étaient les hommes qui prenaient la place des femmes. Mais quoi, doit-on supprimer une injustice en en créant une nouvelle ?

Ensuite, cette parité a un goût assez sombre et peut constituer un précédent plus que gênant dans une démocratie. En effet, si les femmes sont défavorisées, elles ne sont pas seules à l'être. Il est évident qu'il est plus difficile de trouver du travail si l'on est noir que si l'on est blanc. De même, un musulman a statistiquement moins de chances de s'insérer dans le marché de l'emploi qu'un catholique. Il conviendrait donc logiquement que le gouvernement établisse une loi de parité Blancs-Noirs et une autre sur la parité catholiques-musulmans. Ainsi, les listes électorales devraient comprendre des femmes, des noirs et des Musulmans au pro rata de leur place dans la population. On mettrait ainsi à des responsabilités des gens, non pas qualifiés pour ces fonctions (et malheureusement aujourd'hui beaucoup de gens compétents sont laissés pour compte), mais uniquement parce que la loi impose d'en avoir. Par ailleurs, ce système définit une norme. A côté des « défavorisés structurels », on place le modèle dont il faut se rapprocher coûte que coûte : un homme, blanc, catholique, et hétérosexuel. Est-il vraiment cohérent de vouloir montrer l'égalité universelle entre les individus en écrivant dans la loi qu'ils ne sont pas identiques (s'ils l'étaient, à quoi bon une loi sur la parité) ?

Enfin, il semble évident que le problème est bien plus profond et qu'une loi ne le résoudra pas. Les enfants, dès leur plus jeune âge, dessinent leur mère dans la maison et leur père en costume ou dans un habit de travail. Si, tous petits, ils sont déjà conditionnés, je ne pense pas qu'une loi pourra changer les choses car elle s'attaque à ce qu'il y a de plus difficile à modifier : les mentalités. Il suffit de regarder la publicité à la télévision, où les réclames montrant une femme active et un homme ayant l'habitude de faire le ménage sont rares. En outre, s'il est vrai que l'on voit maintenant de plus en plus de femmes ministres, cela est à chaque fois présenté comme un événement et non comme quelque chose qui devrait être naturel. Si cela ne semble pas naturel, qui peut être blâmé de continuer à penser avec les anciennes
valeurs  ?

Bien sûr, les femmes sont défavorisées et nous devons faire en sorte qu'elles accèdent à leur place légitime dans la société. Mais cette place ne sera jamais légitime si elles ne l'ont pas acquise de manière légitime. On pourrait alors toujours les accuser de réaliser le second coup d'Etat permanent. Laissons-leur le temps de montrer leur vraie valeur et elles trouveront seules leur place. C'est le prix à payer pour obtenir une vraie parité.
 

 

Franck Minair

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